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Soupe à la courge et aspirines - Libre


Lilith Connan
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DERRIÈRE L'ECRAN
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Soupe à la courge et aspirines - Libre, le Lun 30 Oct - 23:11

Halloween…
Est-ce que les gens savent encore ce que cette date représente ? Ils se déguisent, les petits réclament des bonbons et les grands boivent de l’alcool. On mange de la soupe à la courge, on joue à se faire peur.
Je m’étais approchée d’un stand de soupe à la courge, et j’avais fait peur à la petite dame qui la distribuait.
Capuchon sur la tête pour y garder la chaleur, et cacher la crasse dans mes cheveux, mains grises et tremblantes, voix éraillée, yeux éteints. De loin, elle avait peut-être cru à une jeune, et puis, nos regards s’étaient croisés, et elle s’était noyée dans le mien. L’espace d’une seconde, elle n’avait plus été sûre de rien. J’avais 17 ans, et j’étais usée de plusieurs vies.
Les gens ont l’habitude de la misère, tant qu’elle touche les autres. Les étrangers, les hommes barbus et pleins d’addictions. Mais pas les jeunes américaines.
Elle avait entrouvert la bouche, puis l’avait refermée, et m’avait simplement tendu un gobelet de soupe, la pitié ayant chassé la terreur de son regard.
Qu’y aurait-il eu à dire ?

Il faisait froid. Et bientôt, il ferait nuit. Il fallait que je trouve un abri. Je connaissais les adresses qui proposaient un accueil pour les sans abri de la ville. Mais je n’avais pas envie de rentrer dans le système.
Je n’étais pas prête à redevenir quelqu’un.
Trouver de quoi manger, errer dans les rues, et ne plus prêter attention à la vie. Je n’avais plus rien à lui demander. Plus rien à en attendre.
À quoi bon ?
Oui, je pouvais aller m’inscrire au refuge pour jeunes, pour femmes ou pour mineurs. Oui, je pouvais être enrôlée dans un super programme de réinsertion socio-professionnelle.
J’aurais pu.
Mais ma peau était trop brûlante pour cela. Les souvenirs n’étaient supportables que s’ils étaient noyés sous les préoccupations physiques, les tempêtes angoissantes réduites à de l’écume au bord de mes pensées.
Je ne pouvais pas redevenir quelqu’un.
Je n’en avais pas la force.

Mais ce soir-là, celui d’Halloween, je n’avais pas non plus celle d’aller m’allonger dans un coin, et de regarder toute cette effervescence de loin. J’avais besoin de me noyer, et la soupe à la courge n’y suffirait pas. Mais je connaissais un gars qui m’échangerait de l’alcool contre un paquet de cigarettes, et celui qui m’échangerait des cigarettes contre une boîte d’aspirines.
La recette du jour semblait suffisante pour quelques cachets.

Les poings serrés au fond de mon blouson, j’entrai donc dans supermarché, en espérant y passer plus inaperçue que dans une petite pharmacie. Chaleur n’était pas vraiment le bon mot pour décrire ces rayons impersonnels, mais au moins, le magasin était chauffé. Je décidai donc d’y trainer les pieds, redoutant le retour dans le froid mordant de cette nuit d’automne.
Comme toujours, je marchais tête baissée. Et je ne vis pas qu’il y avait quelqu’un d’autre dans le rayon, jusqu’à me faire bousculer. Ma cape d’invisibilité était tombée. Je venais d’apparaître pour quelqu’un. Devais-je me retourner pour m’excuser, ou partir en courant ?

Soupe à la courge et aspirines - Libre

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