Partagez| .

[16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee


Invité
Invité
avatar
Afficher


[16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Lun 1 Mai - 20:24

Il marche, le pianiste, debout sur ses deux jambes, comme étonné d'y être. Il essaie de ne pas se souvenir. Il tente de ne pas se rappeler. Il est étonné, un peu, de se voir agir et réagir d'en haut, comme s'il se regardait de loin, comme s'il était au théâtre ou à l'opéra. Dans ses oreilles, pas de musique mais une brume qui filtre les sons, un nuage chaud et enveloppant lui entourant le crâne de clochettes sourdes. Il a mal. Il voit trouble. Il ne recommencera plus, ça c'est certain. Doucement, il fait un tour sur lui-même. Il est seul. La ville est vide. Il y a bien des silhouettes. Des gens qui passent, qui l'effleurent, le faisant sursauter. D'autres qui le regardent avec curiosité. Il faut dire qu'il n'est pas vraiment regardable. Pourtant il s'est changé. C'est la première chose qu'il a fait en se relevant, une fois seul chez lui. Curieux, non, ce qu'on fait parfois quand on est en mode automatique. Lui s'était levé, il avait retiré ses vêtements tâchés et déchirés, les avait mis dans un sac poubelle et s'était changé. Une chemise blanche, toujours. Et puis un gilet sans manche de costume en satin noir pour cacher la misère au cas où elle imbiberait le tissu et tenterait de se montrer. Pantalon noir, comme toujours, chaussures propres. Pas de cravate mais un chapeau haut de forme à long bord qui assombrit son visage et protège ses yeux gonflés du regard des autres. Si l'on ne voit que sa tenue, alors il est invisible. Personne ne se rappellera de lui, simplement de la silhouette XIXème qui a traversé plusieurs fois à l'aveuglette, titubant sur sa cane d'un autre âge.

Arrivant à la porte, il ne marque pas d'hésitation, il frappe. Il ne se pose pas de questions, bien sûr. Le mode automatique est là pour ça. Pour le protéger. Pour agir à sa place. Il n'a pas mal aux mains. Comme perdu, il les regarde, blanches aux longs doigts fins et musclés, intacts. Il n'a pas mal aux mains, il n'a pas mal aux jambes. Même lorsque le barrage cède, IL sait se retenir. IL sait ne pas abîmer les bras. IL sait ne pas abîmer les jambes. Il lui en est reconnaissant. Ses yeux rêveurs, perdus, embrumés de douleur se fixent sur le bois qui lui fait face. Il ne sait pas si elle ouvrira. Si elle est seulement chez elle. Il ne se pose pas la question, il n'a pas la force d'aller ailleurs. Il a du mal à respirer et son corps entier vibre de douleur comme une note unique portée par le souffle d'un Éole trompettiste.

De toute façon c'est de sa faute.

Alors il ne dit rien. Et il attend. Debout pour ne pas tomber. Le bras qui ne tient pas la cane s'est remis sur torse, soutenant ses côtes qui font mal. Il a mal en dedans, comme des coups de poignard entre les côtes et sous le diaphragme. Pointes de douleur qui bougent et lui donnent envie de vomir. Il n'ose pas et sert le pommeau de la cane. Son visage est curieusement anesthésié mais avec son œil qui se ferme, il n'est pas très optimiste. Sa joue aussi a gonflé. Il doit être beau en violet/jaune et noir et rouge. Il est content que le chapeau cache un peu. Il attend. Il se regarde d'en haut et il attend. Et il espère. Et c'est à peu près tout.
Invité
Invité
avatar
Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Jeu 4 Mai - 21:09

Antonine fronce les sourcils devant une partition qu’elle étudie assidument et dont ses écouteurs crachote la mélodie qu’elle a encore beaucoup de mal à identifier. Rien de plus normal, même avec une pratique quasi quotidienne, cela fait à peine un petit mois qu’elle a débuté. Pour comprendre, juste comprendre cette voix, cet instrument. Parce que cela lui met un peu de baume au cœur, de penser qu’il lui reste ça. Au tout début, elle a été plutôt heureuse de s’apercevoir qu’elle avait encore quelques restes des cours de solfèges que son père lui avait fait prendre quand elle était petite , lorsqu’il avait espéré faire d’elle une musicienne accompli, avant de s’apercevoir que le petit cerveau de sa fille de huit ans était en fait parfaitement formaté par les mathématiques, discipline dans laquelle il n’avait que peu de compétence. Cela lui permettait déjà de déchiffrer cette partition simplifiée du Canon de Pachelbel. C’était toujours ça. En tout cas, ce devait être bien la première fois qu’elle se mettait vraiment en difficulté. Elle n’était pas dans une activité facile, loin de là. Peu importe, cela lui occupait l’esprit et rentabilisait le clavier électrique et le casque acheté pour quand lui venait chez elle, qu’il ait tout ce qu’il faut. Nine trempe ses lèvres dans sa tasse de thé, concentrée jusqu’à ce que quelque chose attire son attention, quelque chose de tout à fait inhabituel. Baron. Baron qui se meut, rien que ça, c’est vraiment inhabituel. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’était fait gronder par le vétérinaire pour cause de surpoids du gros chat qui n’avait répondu que par un feulement dédaigneux. Là, Baron tourne en se frottant contre la porte d’entrée, sa queue plumeau au vent, ronronnant. Alors Nine enlève son casque. On toque. Qui peut toquer à cette heure tardive. Sur la pointe des pieds, elle va regarder par le judas, silencieuse. Et se fige, avec un mouvement de recul.

Logan.

Nine tremble, se resserre dans son gilet brun et or décoré de pins aux couleurs de la maison serdaigle et qui font l’apologie de la curiosité. Le long tee-shirt décoré d’alpacassos couvre presque son short en jean. Ça fait un moment qu’elle le fuit. Complétement, depuis qu’il est officiellement avec Swann. Pour qu’il n’y a aucun quiproquo entre eux trois. Pour qu’il l’oubli. Pour qu’il soit heureux. Pour qu’il n’ait aucun regret. Parce que ça fait trop mal. Beaucoup trop mal. Beaucoup trop mal de savoir qu’il lui fait la même chose qu’à elle cette nuit-là. A une autre. Ce souvenir longtemps honni. Ce souvenir maintenant précieux. Parce que ce sera probablement le seul et l’unique. Il est là. Il est là derrière sa porte et il n’a rien à faire là. Swann. Il doit être avec Swann. Pas avec elle. Elle, elle est parfaite, elle, elle est adulte. Ca toque encore, Nine cache sa bouche, sent ses larmes revenir mouiller ses joues. Elle fait la morte pour ne pas avoir à lui ouvrir et Baron qui chante la sérénade en ronronnements de miaulement est une parfaite couverture. Lui, il a l’air très heureux de le revoir en tout cas.

Puis brusquement plus rien, plus que coup sur la porte. Mais un énorme « pouf » sur son paillasson. Nine se relève, regarde par le judas. Elle ne voit rien. Ca l’inquiète. Autant que le râle silencieux qui s’échappe alors elle ouvre. Et elle le trouve là. A partir de ce moment, tout devient automatique. Elle en oublie de cacher le piano et les partitions, elle l’attrape sous les aines pour le faire entrer, le tire jusqu’au dos du canapé, l’y appuie. Baron lui vient se blottir contre lui. Elle ferme la porte, revient vers lui pour retirer le chapeau, sa chemise, pour voir l’étendue des dégâts. Elle va chercher des glaçons pour les mettre dans un gant qu’elle pose sur le bleu du visage. Elle a une petite voix chevrotante.

« C’est …. C’est pas moi chez qui tu dois toquer … C’est chez Swann … Ou les urgences … Je vais les appeler. »

Invité
Invité
avatar
Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Jeu 4 Mai - 21:26

Combien de temps est le bon temps d'attente, il ne sait pas. C'est lorsque même le lui d'en haut commence à voir trouble qu'il s'inquiète un peu. Le fantôme en bas, celui qui est appuyé sur la porte de chêne immobile est plié en deux de douleur. Ca bouge à l'intérieur. Ca l'inquiète. C'est la première fois qu'il sent ça. Qu'il a l'impression que ses organes bougent. Qu'on fait jouer une lame à l'intérieur et qu'on le larde. C'est lancinant et aigu, c'est répété et intemporel, c'est un souvenir dans le présent. Il essaie de penser à autre chose. A un lac gelé, d'un vert profond voilé d'argent au milieu des pics d'acier de granit. Il rêve au vent dans les feuilles et au silence. A l'immobilité de la solitude après la tourmente qu'il a provoquée. Son épaule frappe la porte avec un coup sourd. Ses genoux ont pliés. La cane est tombée sur le paillasson. Il n'a toujours rien dit mais d'un coup, il se retrouve recroquevillé sur le sol. Son chapeau à roulé. On doit voir son visage. Il ne veut pas montrer son visage et les marques visibles de sa désobéissance. Il se roule un peu plus en boule, se cachant dans son coude.

Il relève la tête à l'intérieur de l'appartement. Il a du avoir une absence. Il ne se souvient pas y être entré. Il ne se souvient pas s'être vu entrer. Mode automatique ? Il lève les yeux sur Antonine, voit le Baron trop heureux de se rouler contre lui, boule de vibrations chaudes qui font mal et pourtant du bien. Il a envie de prendre l'animal et de le poser contre son torse, là où est caché le couteau qui frappe mais il ne le fait pas. Bouger devient trop compliqué. Il sent qu'on le déshabille. Tente de protester. Sa bouche s'ouvre dans un râle suivit par une quinte de toux qui tâche ses lèvres de rouge. Un goût de métal s'attarde au fond de sa gorge. Il n'y a pas de musique pour cela. Pas de mot. Rien qu'un sentiment de honte profond qui l'envahi et le tord plus encore. Il n'aurait pas du venir. Il ne sait pas pourquoi il est venu. Pourquoi on lui dit qu'il n'aurait pas du venir. Pourquoi on lui parle de Swann ou d'hôpital. Il tousse encore pour chasser la lame au fond de lui. Ca ne change rien. Il regarde avec un seul œil Antonine parler. Il ne comprend pas. Il a du froid sur le visage et c'est douloureux. Il ne comprend pas plus. Il articule. Rien ne sort, ou alors il n'entend pas. Il se demande alors s'il n'est pas devenu sourd. Il paraît qu'un coup sur la tête peut déranger les oreilles. Il frissonne.

« nein... »

Un souffle porte à peine sa crainte en allemand. Sans musique, il n'est qu'une coquille vide. Mais il a toujours ses mains et il a entendu son amie qu'il n'a pas comprise et il entend les sons bas et rassurants du Baron. Son flanc blessé est en vue. Il attrape un coussin et cache la tâche qui imbibe le tissu blanc. Il la regarde avec son téléphone. Il se regarde d'au dessus. Il sent la peur derrière le coton qui anesthésie ses pensées. Il se recroqueville plus encore. Il ne veut pas qu'on appelle. Il ne veut pas de questions. Il veut juste mourir ici. Dormir. Il veut juste dormir le temps que la douleur s'en aille. Elle part toujours. Il doit juste supporter dans un endroit sûr. Il ne sait pas s'il a eu raison de venir mais il sait qu'il y a Le Baron.
Invité
Invité
avatar
Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Jeu 4 Mai - 21:28


Nine a le cœur qui se tord dans tous les sens , elle prend sa main doucement, se perd dans la sienne , comme avant . Jouer avec ses mains l’a toujours apaisé, calmé , elle n’a jamais su vraiment pourquoi. Même là , même maintenant alors qu’il lui semble en train d’agoniser devant elle, devant ses yeux . Yeux qui s’inondent de larmes sans discontinuer. Une question la taraude. Pourquoi. Pourquoi est ce que son premier réflexe a été de venir ici . Pourquoi n’est pas simplement allé à l’hôpital . Ou même d’aller voir Swann. Il est sort avec Swann, il est censé aimer Swann. N’est ce pas dans ce genre de moment qu’on se tourne vers l’être aimé ? Dans les films, en tout cas, c’est maintenant que ça arrive. Après , la réalité des films est toute relative. Hollywood se trompe-t-il à ce point ? Anshel crache du sang , Antonine s’affole, relève un peu son tee-shirt , laissant entrevoir son ventre un instant pour lui essuyer le sang au coin des lèvres. C’est ce qui la décide, malgré son refus manifeste et étrange, à appeler vraiment le 911, ne lâchant pas sa main. Elle déglutit pour s’éclaircir la voix , donne les informations demandées par la standardiste qu’elle a à l’autre bout du fil. Son nom . Antonine Matveïev. Son numéro. Son adresse . Appartement 25 au 1106 Guadalupe Street . La raison de son appel , cet homme qui s’est visiblement traîner jusqu’à sa porte alors que tout porte à croire qu’il s’est fait passé à tabac. Il y a beaucoup de sang et les blessures semblent graves . La standardiste n’insiste pas plus et dit qu’elle envoie une ambulance. Elle demande  si elle veut qu’elle reste en ligne, Nine répond que non . Elle lui ordonne de garder son téléphone à proximité. Puis raccroche. Et Nine prend conscience de toute la gravité de la situation .


Elle le fixe, Logan, face à elle. Peut être qu’il va mourir là , assis dans son salon, adossé contre son canapé. Peut être qu’elle ne le verra plus jamais. Elle ne devait plus jamais le voir, il avait enfin trouver la perle rare. Enfin. Il était censé . Mais il est là . Face à elle . Antonine caresse doucement sa joue valide , s’approche. Elle se trahi, pose ses lèvres contre les siennes ,  avec calme . Un baiser que la faucheuse n’aura pas. Un baiser qu’Elle n’aura pas . Nine continue sa caresse, impassible, gardant toujours sa main dans la sienne . Elle chuchote .
« Reste éveille, ce serait bête de mourir là . Que dirait Swann ? Et ta mère ? Et Baron ? Baron serait triste. Il miaulerait à nous en casser les oreilles. Il chante toujours faux ,hein. Et miauler, c’est pas mieux. Il miaule horriblement faux. Et la musique . Si tu n’es pas là, tu ne pourras pas jouer les compositions que tu as en tête . »



Et moi, tu me laisserais seule , Logan ? Mais ça elle ne le dit pas . Elle ne peut pas le dire . Il n’est plus censé être attaché à elle, c’est important, très important. Mais il y a sa voix. Et il y a ses sentiments qui contrôlent son corps. Sentiments qui la trahissent . Elle ne résiste plus, se blottit contre son torse blessé sans s’y appuyer pour ne pas qu’il ait mal. Et reste ainsi.
Invité
Invité
avatar
Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Jeu 4 Mai - 21:46

Encore une absence. Il lui semble que le temps avance par a-coups. Il a du mal à suivre, à voir la vie dans le stroboscope déformé de la douleur. Enroulé autour du Baron qui ne bouge pas, dans cette pièce qui tourne avec le monde, il attend. Le souffle qui revient, régulièrement gêné par ce qui le fait tousser. Sans ce point dans le flanc, il pourrait presque se reposer. Il en rêve, de dormir. De fermer les yeux et de sentir soudain le silence de ses organes dans une détente complète.

C'est Antonine qui fait office de trotteuse dans la pièce. C'est à son aune qu'il mesure le temps qui passe entre les moments de rien. Antonine qui joue avec ses mains. Antonine qui pleure. Antonine qui se déshabille ? Ah non, elle est toujours vêtue la fois d'après. Il regarde les pommes de pin du gilet en se demandant comment il est seulement possible de vendre des horreurs pareilles. C'est moche même avec un œil qui ne voit qu'à moitié. Dieu qu'il a mal. Il aimerait se plaindre mais il préfère garder son souffle. Petit à petit, ses muscles refroidissent. Sa peau blanche sous les vêtements intacts mais collants se pare de marques noires et son flanc continue de colorer de rouge le coton épais de sa chemise cachée sous le coussin. Encore une absence et une odeur qui flotte sur ses lèvres, un goût d'interdit. Il se demande, il se souvient de voix entre les Antonines. Sarabella peut-être. Ou le Baron ? Mais le Baron ne miaule pas. Ni juste, ni faux, il remplit l'ambiance de ronrons toujours aussi sonores et apaisants. Il lui semble que s'il les mangeait, il pourrait guérir. Idée stupide. Comme lui. Il gémit et se roule encore plus. Il ne veut pas penser à lui. Il ne s'aime pas beaucoup là comme ça et il y a toutes les vitupérations paternelles qui reviennent dans ces moments là. Qu'il est une honte pour lui et pour les autres. Qu'il est ingrat. Qu'il ne mérite pas seulement de respirer. Et bien il ne respire presque plus. Son père devrait être content qu'il respire si peu. Sa tête le tourne. Elle est lourde et légère en même temps. Il pense aux mots qui atteignent ses oreilles. Il pense à sa mère, là bas, à l'hôpital, qui se bat alors qu'elle a déjà perdu mais qui se bat quand même alors qu'elle en souffre chaque seconde, simplement pour passer un peu plus de temps avec eux. C'est la personne la plus courageuse qu'il connaisse. Lui n'a pas cette force. C'est un minable, il le sait, il sait le cacher pour que personne d'autre ne le sache mais il le sait. Il pense à Swann aussi. Elle a sa propre forme de courage. Lui n'aurait pas pu survivre à une telle épreuve. Mais il a toujours ses mains et il entend Antonine lui dire qu'il n'est pas sourd alors il a de l'espoir, un peu. Il se dit qu'il va se battre. Pour apprendre au Baron à chanter juste la sérénade aux souris. C'est une si jolie musique, la Sérénade aux souris. Il l'a dans la tête, en majeure avec quelques dièses. Pas plus de cinq. Il imagine les petites croches comme autant de pattes et les arpèges félines. Il sert Antonine contre lui. Le Baron est parti ailleurs. Un léger sourire flotte sur ses lèvres. Il ferme les yeux, s'immerge dans la musique. Ce n'est pas une absence si on est dans la musique. Ce n'est pas un abandon si on oublie de se battre. Antonine ne bouge plus et le temps passe quand même. Saccadé.
Adrian Ramirez
I'm no Superman
avatar
Inscrit le : 30/04/2017
Messages : 61
Avatar : Steven Strait
Date de naissance : 06/08/1985
Mes rps : Désolé, je suis déjà overbooké /o\ Un peu plus tard, peut-être?

Bloc notes : /

Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Dim 7 Mai - 23:23

Adrian est infirmier depuis presque huit ans, maintenant. La raison pour laquelle il se retrouve subitement de nouveau dans une ambulance? Il faudrait remonter onze heures plus tôt, mais ça serait trop long à raconter. Contentons-nous simplement de dire que cela implique un ambulancier qui se fait renverser par un camion de déménagement juste devant l'hôpital central d'Austin, un très sérieux manque de personnel et une directrice des ressources humaines débordée mais qui se souvient plutôt bien du CV d'Adrian puisque c'est elle qui lui a fait signer son contrat quatre petits jours auparavant. Toutes ses craintes d'avoir oublié les choses, de ne pas être à la hauteur, se sont bien vite envolées. Comme son collègue dont il ne connaît pas le nom (mais tout le monde l'appelle Doc', possiblement le surnom le plus cliché du monde) le lui a si sagement dit, c'est comme le vélo, ça s'oublie pas.

La journée a été longue, très longue même, mais à vingt minutes de la fin de leur service, ils reçoivent un appel qu'ils ne peuvent décemment pas ignorer. Un jeune homme dans la vingtaine, passé à tabac, aux blessures apparemment assez graves. Ce qui veut tout dire et rien dire en même temps. Direction Guadaloupe Street, donc, et Adrian n'est évidemment pas au volant puisqu'il ne connait pas du tout la ville. Cela ne prend qu'une petite dizaine de minutes pour arriver à bon port mais pour lui ça a l'air de durer une éternité. Chacun attrape son sac à l'arrière du véhicule et Adrian vérifie qu'ils soient bien au #1106 avant d'entrer dans le bâtiment. "Appartement 25," rappelle-t-il à Doc quand celui-ci le lui demande. Après une courte hésitation (on a apparemment oublié de leur communiquer l'étage), ils décident de vérifier le rez-de-chaussée, ce qui s'avère payant. Doc frappe deux coups brefs à la porte avant d'actionner la poignée et d'entrer. Pas la peine d'attendre une réponse quand le temps se fait pressant. Adrian suit le vétéran, et Edgar, le petit nouveau, ferme la marche. A l'intérieur, un chat (enfin, il suppose que c'est un chat, la bestiole est sacrément rapide) se fait la malle en les entendant approcher, et ils trouvent le jeune homme en question au sol, adossé au canapé, une jeune femme à ses côtés. "Qu'est-ce qui s'est passé?" demande Doc à la demoiselle alors qu'Adrian s'accroupit pour examiner le patient. Son visage est sacrément amoché, et son œil droit est tellement tuméfié qu'il s'ouvre à peine. "Possible fracture du malaire, du sang sur la bouche, mais je suis pas sûr si c'est la bouche qui saigne ou..."commence Adrian, avant de baisser les yeux vers le torse ensanglanté du jeune homme qui tente visiblement de faire bonne figure mais est tout de même dans un état inquiétant. Un traumatisme crânien est possible, voire même probable, mais il ne se prononcera pas avant un examen un peu plus poussé. Mais d'abord, il aimerait jeter un coup d'oeil à la poitrine et à l'abdomen de son patient. "Monsieur, vous m'entendez? Je vais devoir découper votre chemise et votre gilet pour regarder ça de plus prêt." D'ailleurs, drôle de tenue vestimentaire. On dirait un mec tout droit sorti du dix-neuvième siècle, mais Adrian a vu des choses bien plus étranges, ça ne le distraira pas outre mesure.
Invité
Invité
avatar
Afficher


Re: [16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee, le Ven 26 Mai - 18:30

Antonine ne bouge plus. Elle ne veut plus bouger, elle veut rester là , ne plus jamais bouger. A chaque fois que l’un ou l’autre bouge, il se passe une catastrophe ou ils se blessent mutuellement. Ou les deux. Baron va et vient dans la pièce, à pas feutré. Rien ne devrait casser ça. Rien ne devrait jamais casser ça. La vie est injuste. Si elle était juste, Logan ne serait pas dans cet état. Il ne se tournerait pas le cerveau dans tous les sens avec ces foutus verbes modaux. Ils continueraient à jouer au milieu de sa collection de peluche, à se battre faussement. Dans le meilleurs des mondes. Elle a envie de pleurer, encore. Elle ne doit pas. C’est interdit. Elle doit être courageuse. C’est comme ça.


Puis, ça bouge en bas, elle entend, Baron fuit . Ca , ça veut dire que les secours sont arrivés. Elle se détache doucement, elle sait qu’ils auront besoin de place pour le soigner et l’emmener. Lui emmener. Il faudra qu’ils appellent Swann. Ca obsède presque Nine. Appeler Swann.Mais il ne faut pas que ce soit elle . Surtout pas. Si c’est elle qui appelle , elle risquerait l’incident diplomatique.Logan a besoin de tout sauf de ça. Alors Nine crée une distance entre eux. Elle lui prend juste la main, parce que c’est conseillé dans ce genre de situation, peu importe le lien avec la personne. C'est en tout cas ce dont elle se souvient dans les cours de premiers secours qu’on lui a dispensé au lycée. Y’a aussi la position latérale de sécurité mais elle n’est pas bien sûre de son utilité, là, présentement. Par réflexe, elle dégage d’un geste de la main le visage de son ami. Ami. C’est le seul mot qu’elle a trouvé et elle le trouve terriblement mal choisi. Elle inspire. La cavalerie rentre.


Ils sont trois. Trois hommes. Elle frissonne, recule un peu, se renfrogne. Réflexe de l’agression. Son corps se souvient, il se souvient qu’un homme peut être terriblement dangereux, surtout dans l’urgence ou imbibé. Un homme , le plus âgé , l’approche et elle n’a jamais autant regretté l’absence de Baron dans ses bras. Ou d’un lama en peluche. Au choix. Qu’est ce qui s’est passé. Elle fixe Logan. Elle ne sait pas ce qu’elle doit faire, supputer. Répondre franchement, dire à des inconnus ce qu’elle suppose depuis des mois, quitte à se tromper parce qu’à part les marques de Logan, elle n’a aucune preuve. Elle n’a jamais été témoins mais les études disents que ce genre de sévices ont lieu dans l'intimité feutrée du foyer. Comme toute violence au sein d’une maisonnée. Mais si elle se trompe, Logan lui en voudra. Si elle le dit tout court, il lui en voudra, cela le mettra probablement en danger parce qu’on est pas plus fort qu’un ancien soldat avec des liens dans la diplomatie. Et qu’elle est seule , terriblement seule et sans arme autre que sa tête. Et tellement de faiblesse. Mentir. Non assistance à personne en danger lui hurle son oncle Jude dans sa tête. Peu importe. L’amour rend irrationnel. Antonine s’exprime distinctement , sans détour. En adulte.


“Il m’a dit qu’il s’était fait renversé par un scooter. Il devait venir chez moi pour me porter son téléphone, c’est moi qui me charge de l’entretien électronique de l’appareil. Mais à mi chemin, il s’est aperçu qu’il avait oublier son téléphone, il a fait demi tour sur le passage piéton … et voilà.”



Elle fixe Logan, espérant qu’il ne soit pas trop dans les vapes pour avoir entendu et retenir la version servie aux différents représentants de l’autorité qu’ils croiseront.


“Il faut appeler sa petite amie. Elle doit l’attendre et s’inquiéter. Je n’ai pas son numéro. Elle viendra à son chevet.”



Elle commence à se lever. Swann a failli dans son rôle. Mais Swann est toujours l’âme sœur.

[16 Mai] Quelque chose en nous de Tennessee

Page 1 sur 1

La boite à souvenirs :: Hors jeu :: Archive des rps-