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[13 Mars] Kind of Blue


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[13 Mars] Kind of Blue, le Lun 27 Fév - 0:38

Le temps avait passé, dans un tourbillon de devoirs et de partiels dont l'enjeu tintait les discours estudiantin d'un stress bien compréhensible, à peine masqué par la fébrilité du Spring Break qui viendrait par la suite réconforter l'intelligentsia texane du travail accompli. Soucieux, sombre, mais concentré, Logan avait fait comme tout le monde et s'était mis en tête d'accomplir les tâches impensable que ses professeurs avaient cru bon de lui imposer. En fin de cycle et en fin d'étude, les examens qu'il devait passer n'étaient pas vraiment de simples formalité d'apprentissage mais pour la plupart des mémoires à rendre sur divers projets avec fond de recherches, d'études et de méthodologie. Et au-delà de la qualité intrinsèque des ouvrages, les études de sciences politique américaines formaient à comprendre et connaître les goûts et coutumes des différents professeurs. Untel souhaitait au moins 10% de citation, Telautre n'aimait que les notes de bas de page, Lambda, lui, préférait que l'on paraphrase ses sources avant de les lister dans une bibliographie qui inviterait par la suite à une lecture plus exhaustive. Toute cette folie de livres et de notes avaient fait du musicien un étudiant accompli qui, pour une fois, fréquentait plus la bibliothèque que les salles de musique, au plus grand désespoir de ses doigts qui préféraient de loin l'ivoire des touches à l'encre des dissertations.

Comme le vent tourne dans le ciel d'hiver, faisant valser des flocons d'une neige inexistante dans la douceur d'Austin, les heures avaient fait place aux jours puis aux nuits et à l'arrivée des soutenances et des oraux. Et puis ce message d'Antonine qui lui proposait de se voir dans un café. Regardant un peu bêtement l'écran de son téléphone portable alors qu'il sortait d'un entretien assez retord avec un professeur pour lequel il avait plus de mépris que de respect, le jeune homme se rendit soudain compte qu'il n'avait pas eu de contact avec elle depuis la nuit qu'ils avaient passé ensemble. Il se souvenait assez bien de la soirée, il pouvait même retrouver le goût de ses lèvres sur sa langue avec assez de concentration mais ne se pardonnait pas la façon dont il l'avait blessée. Il aurait du savoir. Il aurait du se tenir à l'écart de la tentation comme il l'avait fait jusqu'ici avec les jeunes femmes inexpérimentées et innocentes qui avaient tendance à croire qu'une nuit de passion était forcément une nuit d'amour. Elle lui en voulait certainement et il ne l'en blâmait pas pour cela. Un ami se serait mieux tenu. Un ami l'aurait couché sans pour autant lui sauter dessus, la bordant chastement et rentrant chez lui. Il avait déconné. Il le savait. Et c'était autant pour se faire pardonner que pour respecter la parole donnée qu'il lui avait fait parvenir les boucles d'oreilles qui lui avaient promises.

Il avait répondu presque par réflexe, lui proposant un endroit qu'il aimait bien, un pub qui faisait du jazz et servait aussi des softs. Il lui avait texté l'adresse et une heure, par habitude. Sans réfléchir. Parce qu'elle était Nine et que lorsque Nine l'appelait, il répondait présent.

L'ambiance du pub était très calme en cette fin d'après-midi. Comme il était trop tôt pour les musiciens, les propriétaires avaient mis un disque de Miles Davis dont la trompette meublait le silence et le bois comme bien peu d'autre avaient su le faire depuis. Toujours perdu dans le tourbillon de sa vie d'étudiant, le jeune homme – arrivé en avance comme toujours - écrivait tranquillement des notes pour sa prochaine présentation. Sa main libre battant inconsciemment la mesure d'un morceau qu'il savait par cœur et dont le rythme lent et tranquille calmait les palpitations de son cœur. Devant lui, une énorme choppe de café fumait, donnant à la table quelque chose de retro qui le rassurait un peu. Cette fin de semestre était difficile pour lui. S'il ne réussissait pas comme il le devait, son père lui passerait le savon du siècle. Peut-être même qu'il en interdirait le piano. Peut-être même qu'il s'en prendrait à ses mains. Après tout, sa mère n'était plus assez forte pour le protéger à présent. Et bientôt, elle ne serait plus là. Il soupira, passant sa main sur son front pour en décoller ses cheveux qui devenaient légèrement trop longs. Encore une chose à laquelle il faudrait penser. Plus tard.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 18:46

Antonine avait changé. Ses parents l’avait dit. Ses amies aussi. Ses connaissances l’avait tout autant remarqué. Même Swann l’avait remarqué quand Nine s’est était assise la tête sur les genoux, recroquevillée, délaissant sa console, son ordinateur et ses bouquins de théorie, concourant au prix de la plus grande mollesse avec un Ramoloss. Même si Swann ne savait surement pas ce qu’était un Ramoloss. Elle en avait eu assez, tout simplement, qu’on la prenne pour une gamine. Une gamine dont les choix n’étaient forcément jamais sérieux vu qu’elle n’était pas responsable de ses actes. Ca la fait grogner encore, tiens. Dans ses souvenirs, quand ça remonte le long de son échine. Par chance, Baron, c’est comme les alpacassos. Il se serre bien sans râler. C’est tout juste s’il lâche un « meow » inquiet. Sa maitresse a décrété qu’elle avait suffisamment pleuré comme ça de toute façon. Elle avait couté à son oncle, à raison de 1.2¢ par mouchoir, un total de 26 dollars et 88 cents en boite de mouchoir. Et puis de toute façon, on arrivait au moment des partiels. Qui se posait des questions sur son chagrin d’amour pendant les partiels, sérieusement. Pas elle en tout cas. Les mathématiques et l’informatique s’étaient insinuées dans les plus profonds recoins de son esprit, dans toute leur complexité et tous leurs mécanismes. Son cerveau avait tourné à plein régiment pendant une semaine et demie d’examen où la seule activité extérieur qu’elle était offerte avait été de nourrir son gros patapouf de matou qui avait souvent montré son ventre touffu à la caresse. Elle n’avait répondu aux mails, aux messages et aux appels de personne. Non, vraiment les autres étaient nuls, elle ne voulait plus encadrer, tout ce qu’elle voulait, c’est qu’on la laisse tranquille avec sa déprime.

Et puis, à la fin des examens, ça avait commencé à aller mieux. Elle avait retrouvé la stratégie Pokémon et les hackatons, elle avait retrouvé son esprit de compétition et le sourire avec. Puis elle avait déchanté. La coupable ? Une petite boite enroulée d’un ruban arrivée par coursier arrivé le 12 mars au soir. Elle avait d’abord pensé à son oncle, coutumier du fait puis avait lu l’expéditeur… et la boite lui avait échappé des mains. Son cœur s’était remis à lui faire horriblement mal. Elle ne voulait pas ouvrir, elle ne voulait plus ouvrir cette boite, elle ne voulait plus se souvenir, ni de lui, ni de cette nuit, ni de cette foutue promesse, ni de la matinée qui avait suivie. Pourtant, il serait toujours là, ces fichus souvenir, d’abord pour alimenter le fantasme de cette unique nuit, pour se souvenir, s’émoustiller parce que c’était tout ce qui lui restait le concernant. Parce que malgré toute la colère qu’elle pouvait ressentir, elle l’aimait toujours si ce n’est plus. Maintenant, elle composait avec l’absence et ça faisait encore plus mal. Les premiers jours, elle avait espéré un coup de téléphone de sa part, des excuses et le droit pour elle d’avoir des pensées considérées comme valide . Il avait dit qu’elle ne l’aimerait quelques jours plus tard. S’il savait seulement à quel point il se mettait le doigt dans l’œil.

Cette boite, elle l’avait posé sur son bureau, à côté de ses outils, loin de la portée du Baron qui avait repéré le ruban. Elle s’était donné la nuit pour réfléchir. Elle avait très mal dormi et ne s’était levé que vers 11h, avec une envie de se recoucher. Mais il fallait se lever, c’était important. Pour se donner du courage, elle avait attrapé son téléphone pour lui envoyer un message et demander un rendez-vous, se maudissant de connaitre encore son numéro par cœur. Le rendez-vous est donné à l’Elephant Room. Nine soupire, va se doucher, attrape une tenue au pif dans le placard (ça, ça ne change pas.) Elle s’était retrouvée dans une tenue bien sérieuse, un jean blanc cassé, un tee-shirt col V corail, un blazer orange, de longue boucle d’oreille pendante en forme de plume et des ballerines en peau retournée. Elle avait volontairement échangé son sac habituel Totoro contre un sac à main tout ce qu’il y avait de plus dame, dans lequel elle avait glissé la petite boite. Elle avait longuement soupiré avant de sortir de l’appartement, la tête baissée.

C’est comme cela qu’elle s’était retrouvée devant l’Elephant Room. Elle inspire, entre, le cherche du regard, a un haut le cœur. Du calme Nine, elle avance doucement, prend place face à lui .Elle fait abstraction de la trompette en bruit de fond, ne le salue pas, elle risquerait de flancher. Non, elle dépose directement la boite devant lui, sans croiser son regard. Elle organise sa pensée, tourne sa langue sept fois dans bouche avant de parler, d’une voix calme.

« A défaut de me répéter, Logan, offre des bijoux à la femme que tu aimes. »


Sa voix flanche un peu sur la fin, elle se reprend, plus acerbe, plus glacée.


« Plus exactement, Offre des bijoux à la femme que tu aimes ET dont tu as de la considération pour les décisions, les avis et les sentiments. »


Une pause. Un silence lourd. Antonine combat tout son mélange sentimentale qui tente d’apparaitre sous forme de larmes.

« C’est tout. Je ne vais pas te déranger plus longtemps. Ce serait bête qu’elle me trouve face à toi. »


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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 19:27

Il l'entend arriver avant de la voir. Une sensation dans l'air, comme un souffle de chaleur. Il ne lève pas les yeux. Il y a cette phrase au bout de la plume en or de son stylo et il aimerait la noter avant qu'elle ne s'envole tout à fait. C'est juste le temps pour qu'elle le rejoigne. Un bruit sur la table attire son regard sur boite qu'il reconnaît. Il ne cache pas sa surprise, levant un peu plus la tête pour regarder la jeune femme en face de lui. Elle, elle ne le regarde pas, elle semble fixer un point bien derrière sa tête, au delà de lui. L'a-t-il perdue elle aussi ? C'est fort probable et il ne peut s'en prendre qu'à lui-même. Alors il attend. Il attend les mots, le monologue, les paroles sans queue ni tête et pourtant curieusement logiques qui sont les siennes d'habitude. Mais rien de tout cela, des accusations tout ce qu'il y a de plus court et de plus banal. Aussi étrange que l'absence du sac peluche qu'elle trimbale partout pour cet horrible truc de grand-mère qui ne lui va absolument pas.

Les mots lui font mal. Ils l'agacent. Il sent la colère monter, doucement, sûrement. Et son visage, de tranquille qu'il était se ferme un peu sous les accusations. Aussi doucement que possible, il attrape la boite et la lance vers une corbeille au pied du bar. Évidemment, il rate son jet mais ce n'est pas important. C'est le geste qui l'est. Si elle ne veut pas de son cadeau, si elle ne veut pas de lui, il ne veut pas insister. Il ne peut pas insister. Et il se sent une nouvelle fois piégé, obligé soit de lui dire qu'il l'aime, soit d'être l'affreux qui va la blesser. Et il lui en veut de le mettre encore dans cette position, surtout en ce moment où il a tant d'autres choses en tête, tant de problèmes qu'il doit résoudre en lui-même. Et en même temps, est-ce sa faute à elle ? Il ne lui en a jamais parlé. Il n'en parle jamais à personne et elle moins qu'aux autres de part cette particularité qu'elle a d'être particulièrement auto-centrée, qualité qu'il apprécie d'habitude chez elle. Sauf que pas ce soir.

« Voilà, c'est fait. Autre chose que tu voulais me dire ? »

Il s'efforce de la regarder tout comme il n'a pas relevé ces absurdités sur l'amour, une femme qu'il aimerait ou même qu'il attendrait alors qu'elle sait parfaitement qu'il lui a donné rendez-vous ici à elle et qu'il n'est pas assez stupide pour prévoir deux choses au même endroit, à la même heure. Une autre femme qu'il aime. Comme s'il avait le droit d'aimer. Et cette certitude qu'il y en avait une autre, ce que ça pouvait être agaçant. Ne pouvait-il pas être lui-même sans avoir forcément une femme – ou deux – dans sa vie ? Devait-il renoncer à toutes celles qu'il appréciait pour leur bien ? Sa douleur, trop vive, perce même le masque de calme qu'il tente pourtant tant bien que mal de conserver. Il y a une femme qu'il aime et c'est sa mère et il va la perdre, il ne sait pas quand mais bientôt. Sa mère à qui il n'a jamais offert aucun bijou parce que c'était un coup à rendre son père jaloux.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 19:59

Il est fâché. Il est fâché et elle ne comprend pas pourquoi. Il n’a aucune raison d’être fâché. Il n’a pas le droit d’être fâché. Pourquoi est-ce qu’il est fâché ? Ce n’est pas lui, il y a dix jours, qui s’est amusé à faire de la charpie avec son peu d’estime de soi, son ego et son cœur d’enfant ? Ou c’était quelqu’un d’autres dans sa tête. Il devrait être heureux, elle le libère de ses obligations, de toutes ses promesses. Son regard change de point d’accroche, se pose sur la boite qui git à côté de la corbeille du bar. Au moins, ils ont un point commun. Ils sont aussi mauvais en sport l’un que l’autre et sont probablement tout aussi irrattrapable à ce sujet-là. Nine sent la colère prendre toute la place. Elle ne comprend pas pourquoi il s’énerve. Et elle n’aime pas ne pas comprendre, ne pas avoir de réponse à ses questions. Ca l’énerve tellement que ses larmes paraissent enfin pour rouler sur ses joues sombres, en silence. Elle se mord la lèvre, elle déteste cette situation presque autant que la situation du matin. Ca la fait bouillonner en silence, jusqu’à ce que son poing rencontre dans un uppercut la table, faisant choir les affaires de Logan au sol. Elle se déplace, raide, va chercher la boite à côté de la corbeille, revient et la pose bruyamment sur la table. Son regard brille au travers de ses larmes.

« C’est pas plutôt à moi de dire ça ?! Qui s’est permis de penser à ma place, de parler à ma place sans me laisser en placer une ?! Rappelle moi qui ?! Qui tu es pour te permettre de t’exprimer à ma place ?! Qui ?! Mon cortex cérébral ?! Qu’est-ce que t’en sais, de ce que je pense ?! Tu me blesses et après tu m’envoie un cadeau ?! Je suis censée comprendre quoi, moi, à tout ça ?  En plus, tu sais quoi Logan ? Tu t’es planté. Tu t’es lamentablement planté. Parce qu’en dix jours, rien ne s’est estompé. Rien du tout. C’est même pire ! Pire de Pire !  Et ça fait encore plus mal, beaucoup plus mal ! A moins que ce soit conscient ?! C’était moins pire de décider à ma place que de me dire la vérité ?! Mais tu pensais quoi, que j’allais rajouter une marque sur ton torse avec mes forces de moineau et le peu d’objets contondants de ma chambre ?! »


Elle ne s’est pas arrêté de pleurer, de crier, elle a trop mal. Mais là, il faut qu’elle reprenne son souffle. Un moment où elle flanche et se laisse tomber sur la chaise en face de lui, la main posée sur ses yeux sombres, sanglotant comme une enfant, comme elle a sangloté chez son oncle. Elle ne pensait que ça reviendrait si vite, que sa barrière, son armure de protection mentale était si fine et fragile. Les pleurs embuent son esprit, sa réflexion, elle se sent si faible et si vulnérable  dans ces habits qui ne sont pas son genre, avec ce sac qu’elle ne peut pas étreindre. Elle pose ses pieds sur le siège de sa chaise, se recroqueville pour mieux se cacher , continuant de pleurer en silence , tremblante .
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 20:12

Il la regarde tellement qu'il ne la voit plus, ses yeux clairs se couvrant d'une brume d'il ne sait quoi. Il la regarde tellement qu'il en oublie le reste et que le coup sur la table le fait sursauter, reculer. Pendant une seconde, c'est son père qu'il voit à la place d'Antonine en larmes. Puis, ses yeux se dessillent et il retourne à la réalité, le cœur battant. Il n'a pas vu ses affaires au sol. Sa préparation d'examen, son stylo hors de prix, cadeau de l'Ambassadeur à Noël, sa trousse en cuir, la tâche d'encre marron a ses pieds. Hypnotisé, il la regarde se déplacer, prendre la boite comme une accusation et la reposer avec violence au centre de la table. Qui aurait cru que des boucles d'oreilles pouvaient avoir un tel impact et servir d'une telle façon ? Pas lui. Lui avait juste voulu tendre un rameau d'olivier. Simplement. Et cela n'avait vraiment, vraiment pas porté ses fruits.

Toujours trop abasourdi par tout cela pour réagir immédiatement, il la suit à nouveau des yeux lorsqu'elle s'assied. Une part de lui a envie de la prendre dans ses bras, de la laisser pleurer contre lui, de sécher ses larmes, d'être là pour elle. Une autre part de lui lui en veut encore de ce cirque, de ces larmes, de ce sentiment de culpabilité qu'elle fait naître en lui. Il n'aime pas les scènes publiques. Il n'aime pas les pleurs. Il déteste qu'on lui force la main et il craint la violence. Il est blessé qu'elle ne veuille pas de ses boucles d'oreilles. Il se sent toujours dans ce piège qu'elle referme sur lui. Et il a mal. Il ne le dit pas. Il ne le montre pas. Il ne pleure pas. Il a juste mal. Simplement mal.

Et les reproches se mettent à tomber. Le discours sans queue ni tête prévu s'abat sur lui comme un couperet. Il comprend une partie de ce qu'elle lui reproche. Il était arrogant de sa part de lui dire ce qu'elle ressentait, oui. Mais elle ne lui avait pas laissé d'autre choix. Elle l'avait piégé. Comme elle le piégeait à présent. En  ne lui laissant que de mauvais rôles. Il inspire comme il peut, cherchant à comprendre et maîtriser le maëlstorm intérieur à défaut d'avoir le moindre contrôle sur celui en face de lui.

« C'est bon ? Tu as terminé ? »

Pour toute autre dispute avec elle, il aurait rajouté « tes bêtises » mais là, il n'en a pas le courage. Il ne veut pas être condescendant. Il ne sait pas trop ce qu'il veut. Il voudrait effacer leur nuit. Effacer toute la nuit, du moment où elle est allée en boite jusqu'au lendemain matin. Il se fiche que cela veuille dire oublier leurs moments à deux, la nuit délicieuse qu'ils avaient passé ensemble. Oublier qu'avec Antonine, la passion était drôle et amusante en plus d'être ce puits de délice qu'elle est d'habitude. Parce que ce qu'il a perdu là  - et il sait qu'il a tout perdu -  c'est bien plus qu'une camarade de jeu. Il la regarde encore. Avec sa violence et ses larmes. Avec ses questions auxquelles il ne veut pas répondre. Auxquelles il ne peut pas répondre. S'est-elle seulement demandé pourquoi ou comment ? Il la regarde. Elle est recroquevillée sur la chaise. Il ne sait pas comment elle tient dans cette position, elle qui est si maladroite. Il aimerait se lever, doucement, aller vers elle, doucement, poser une main sur son épaule, doucement. Comme avec un animal blessé. Ce qu'elle est. Et, S'accroupissant pour ne pas l'effaroucher en la regardant de haut, il lèverait ses yeux vers elle, doucement. Mais il est toujours fâché. Alors il ne bouge pas. Il attend de voir, d'entendre, parce qu'il sait déjà que l'on ne revient pas en arrière. Jamais.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 22:55

Elle a explosé, au sens propre du terme. Pourtant, le scénario avait été longuement pensé dans la nuit, soigneusement réfléchis avec un peu de probabilité. Elle devait entrer, s’excuser, rendre la boite, s’excuser encore et partir. Et aller chez son oncle si son esprit ne suivait histoire de conjurer, encore et toujours le sort. Mais ça aurait été trop facile, il n’y a bien que dans les livres et les fanfictions que tout se passe exactement comme l’auteur a prévu, comme celle ou celui qui organise a prévu. Il n’y a pas d’imprévu. Jamais d’imprévu. Elle a explosé et elle a encore plus mal. Elle s’en veut tellement de s’être laissé aller à ce tsunami d’émotion et le pire, le pire du pire, c’est que Logan semble lui en tenir rigueur. Une partie d’elle rêve de ses bras, de sa chaleur pour se blottir tout contre lui et paradoxalement oublier le mal qu’il lui a fait et quelle s’est faite elle-même en se faisant des plans sur la comète. Il lui demande si elle a terminé, elle renifle, s’essuyant dans la manche du blazer orange (grand-mère en ferait une syncope) les larmes, heureuse de ne pas avoir mise du mascara, tout waterproof qu’il est. Cela aurait été horrible, horriblement cliché même, détestablement sorti d’une mauvaise comédie romantique à 3 dollar, d’un épisode de soap opéra qui passe pour la ménagère de plus de cinquante ans à 13h et dont la vocation première est plus de susciter l’endormissement progressif du public que de sur jouer les rebondissements et capter leur attention.

Elle renifle encore. Est ce qu’elle a fini ? Elle ferme les yeux, fait le point sur tout ce qui a pu sortir de sa bouche pendant ces cinq minutes de flots ininterrompu de parole, rivalisant avec les meilleurs apnéistes du monde pour ne rien entrecouper de respiration. Plusieurs fois, sa parole est allée trop loin, jusqu’au fond de sa pensée. Plusieurs fois. Mais ce n’est ni dans ses études, ni dans ses usages de retenir et maitriser les mots à la perfection, les dompter pour séduire et tromper. Ce sont les nombres qu’on prostitue en mathématique, pas les mots et encore. Est-ce qu’elle a fini. Presque.


« Je suis désolée. »


C’est sorti comme ça de sa voix redevenue tremblante. Désolée. Désolée d’avoir était trop imposante, encerclant de filets invisible l’âme de son interlocuteur, désolée d’avoir piégé de manière inconsciente à multiple reprise celui qui avait été son ami et un peu plus à l’issue d’une nuit. Désolée de la scène dans le bar. Pas désolée par contre pour les boucles d’oreilles. Pas désolée pour les propos de la liberté de pensée et de parole. Mais ça elle ne dit rien, elle ne précise ni ne rajoute quoi que ce soit. Il verra, comprendra ou pas. Et c’est à son tour de répondre.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Mer 1 Mar - 23:45

Elle pouvait être désolé. Et, même si cela ne changeait rien à rien, il était désolé aussi. Désolé de la dispute, désolé d'en être arrivé là avec elle, désolé d'avoir été un si mauvais ami. Il leva la tête, la regardant froidement pour s'assurer qu'elle avait terminé d'égrainer ainsi ses reproches. La boite de boucle d'oreille était toujours là entre eux, le provoquant plus qu'il ne se sentait capable de le supporter en gentleman. Alors, doucement, il se leva, attrapa le cadeau et alla le porter lui-même jusqu'à la poubelle près du bar où il le jeta. Ensuite, seulement, il revint vers elle. Ensuite, seulement, il s'accroupit près de sa chaise. Ensuite, seulement, il accepta de la regarder.

« Antonine, chaton. »

Il ne savait pas ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Il était toujours aussi fâché, même si la fureur face à l'accès de violence s'était transformée en lassitude lorsqu'étaient arrivées les larmes. Mais il se lançait. Pour elle, il voulait toujours être honnête ou du moins le moins malhonnête possible. Il soupira. Sa tête était vide. Son esprit, blanc. Il ne savait absolument pas comment continuer après une telle lancée. Il avait envie de se lever, de la serrer contre son cœur, d'embrasser son front, ses lèvres et puis quoi ? Recommencer ? Comme s'il ne l'avait pas déjà assez perdue ? Cette fois, il fut plus fort et resta immobile, regardant Antonine le regarder, se demandant s'il ne l'avait pas totalement perdu, s'il y avait quelque chose qu'il pouvait dire ou faire pour l'avoir à nouveau près de lui, à jouer de la console pendant qu'il lisait le journal, à lui demander Gymnopedie jusqu'à ce qu'il en rêve la nuit, à babiller sur des trucs inintéressants au possible mais qui semblaient la transporter dans un monde plein de beauté et de chiffres.

« Je...je ne sais pas quoi dire qui ne... n'aggraverait pas les choses entre nous. Tu essaie – pour la seconde fois – de m'arracher un aveu que je n'ai pas l'intention de te faire sous une quelconque menace. Si un jour je te dis que je t'aime, c'est parce que j'aurais envie et décidé de te le dire, pas sous un quelconque ultimatum. Je refuse de céder à ce genre de chantage. Avec des questions comme cela, quoi que je dise, quoi que je fasse, je serais le méchant dans l'histoire. Si je te dis que je t'aime, tu ne me croiras pas, ce sera pour qu'on ne soit plus fâché. Si je te dis que je ne t'aime pas, j'aurais profité de toi, si jeune et si vulnérable, si je te dis que je ne sais pas, tu en concluras que je ne t'aime pas. Et bien les choses ne sont pas si faciles. Pas pour moi. Que sais-tu de ma vie pour t'y imposer comme ça d'un coup ? Tu me dis que tu es assez grande pour savoir ce que tu dis et ce que tu ressens, est-ce que je dois en conclure que tu m'as piégé consciemment en m'appelant en pleine nuit puis m'embrassant puis me balançant ainsi une déclaration au réveil ? Vraiment, Antonine, si tu savais ce que tu faisais, à quoi tu pensais ? Et si tu ne le savais pas, de quel droit viens-tu me faire la morale d'avoir assumé que tu ne l'as pas fait exprès ? Et maintenant, tu viens me demander un rendez-vous et tu recommences ? »

Il n'avait pas pensé que les mots sortiraient ainsi, sa voix montant un peu, sans pour autant crier mais avec plus de passion qu'il n'en avait montré jusqu'ici. Il baissa les yeux, se relevant sans pour autant s'éloigner. Il était encore blessé, meurtri par ses reproches et le poids de sa déclaration à elle qu'il ne pouvait pas lui rendre. Pas parce qu'il ne l'aimait pas, ce n'était même pas la question, le problème était que la question ne se posait pas. Il n'avait pas le droit d'aimer. Et c'était ça, la vraie raison de la colère profonde et froide qui bouillonnait en lui.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Jeu 2 Mar - 12:26

Elle soupire. Il recommence. Encore. A l’infantiliser. Chaton. C’est son surnom. Maintenant, elle ne l’apprécie plus. Parce que dans chaton, il y a tout ce qu’elle lui reproche, tout ce qu’il a dévoyé à ses yeux. Il parle, beaucoup, c’est la première fois. Qu’il parle autant. Il parle et il lui faut beaucoup d’efforts, au feu follet, pour se fixer, se concentrer, intégrer ce qu’il lui dit .Essayer de comprendre toutes les réactions qui lui échappe et atténuer sa colère bouillante qui est toujours là malgré les larmes. Elle l’a fait sursauter. Elle ne veut plus le faire sursauter. Elle note, mentalement, opine de la tête pour montrer qu’elle écoute. Elle construit sa pensée pour répondre, sans s’énerver, sans s’emporter inutilement. Ça ne sert à rien. Elle garde les yeux clos, attend qu’il est finit et reprend, d’une voix calme.

« Écoute-moi, Logan. »


Elle n’est pas sûre qu’il s’y tienne alors elle appuie, se fait le plus pédagogique possible. Pour ne pas qu’il l’écoute sans l’écouter. Qu’il l’écoute vraiment.

« Laisse-moi terminer avant de reprendre la parole. Ce n’est pas un aveu que je suis venue réclamer aujourd’hui. Ce sont des excuses et c’est là toute la différence. »


Elle inspire, réorganise sa pensée encore. Etre le plus clair possible. Difficile quand on s’appelle Antonine Matveïev et quand son esprit est aussi fugace que dispersé.

« Je vais me répéter encore mais ce que je te reproche, c’est d’avoir décidé à ma place. Au lieu de me dire tout simplement que tu ne m’aimais pas comme ça ou que ce n’était pas le moment ou tout simplement que tu ne recherchais pas ce type de relation, réponses qui m’auraient certes blessées mais dont je me serais bien vite remise , tu as décidé à ma place de la validité ou non de ce que je déclarais , sous prétexte de l’agression. Or j’ai été élevé avec le libre-arbitre en piédestal. L’espace d’une réponse, tu m’as retiré ce droit qui m’est sacré ce qui t’as fait descendre sur l’échelle de mon estime à la plus basse marche. Et tu recommences en anticipant mes réponses aux tiennes. »


Ça, c’est fait. C’est le plus important dans son discours au final. S’il lâche le reste, ce n’est pas trop grave. Ça lui reviendra plus tard, en souvenir ou en rêve. Cela revient toujours plus tard. Mettre les points sur les i reste quand même indispensable pour la suite.

« Il n’y avait aucun ultimatum dans ma question, c’était une vrai question, savoir comment JE devais me positionner vis-à-vis de toi. Tu ne t’es jamais dit qu’avec un refus simple, je t’aurais dit « d’accord » ,que j’avais apprécié la nuit contrairement à toutes les autres et que tu pouvais revenir quand tu veux ? Si c’est ce que tu en as ressenti et déduis, j’en suis absolument désolée mais ce n’était pas du tout mon point de vu. Ma question au réveil n’avait que pour unique but de faire le point des actions et des conséquences. J’ai surement été très maladroite mais je ne pensais pas plus loin que ça »


Sa voix monte un peu, parce que cette partie du discours l’énerve un peu aussi. C’est facile d’accuser les autres. C’est trop facile même.

« Ce second rendez-vous, tu l’as provoqué en m’envoyant la boite. Tu savais que tu m’avais blessé. Je te retourne la question, je ne sais pas à quoi tu as pensé cet écrin ? Toi qui anticipe tout ce que je pense, qu’avais tu anticipé pour moi devant la réception de cette boite. »


C’est une vraie question. Une véritable question. Sans arrière-pensée, elle le met devant ce qu’elle ressent. Pointer ce qui ne va pas dans sa perception d’elle.

« J’ai l’air d’une enfant, Anshel, mais je ne suis pas une enfant. Je suis adulte et majeure, avec 21 ans de vie derrière moi. J’ai l’air d’une petite chose fragile et innocente mais on va dire que je cache bien mon jeu. L’habit ne fait pas le moine. »


Dernier propos avec la voix un peu plus enrouée, elle est franche, honnête avec lui.

« Si je t’ai appelé cette nuit-là, c’est parce que tu étais le seul sur qui je pouvais compter. C’est tout. On m’a dit d’appeler quelqu’un en qui j’avais confiance et j’ai pensé à toi. Je ne comptais plus m’imposer dans ta vie à partir de la fin de non-recevoir, je pensais ne plus te déranger, je ne mérite pas tant de peine et d’éclats de voix. Je ne sais pas ce qu’il adviendra de toi, de moi, de nous si un jour, mais il me semble très utopique, il y a un nous. J’ai compris Logan, tu ne veux pas de moi, tu n’as pas besoin de moi. Pas la peine de m’offrir un cadeau comme on offre un lot de consolation à un enfant. Je peux aussi patienter si ce n’est pas le moment.»

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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Jeu 2 Mar - 18:31

Il n'avait pas envie d'écouter. Il avait mal. Il était fatigué. Il avait encore des partiels durant la semaine qu'il devait travailler alors qu'il ne rêvait que de musique. Des mots à mettre dans le bon ordre. Des mots, toujours des mots, encore des mots, rien que des mots. On peut leur faire dire ce que l'on veut, aux mots. Là, par exemple, entre elle et lui, ils ne passaient plus. Ils s'écrasaient sur leur colère respective. Elle n'entendait pas ce qu'il essayait de lui dire et il savait bien qu'il n'était absolument pas ouvert à ce qu'elle lui disait. Le libre-arbitre par exemple, est une notion qu'il ne valide pas. C'est pour lui une illusion dont on berce le peuple pour l'empêcher de se révolter contre ce qui lui est tracé. Et même le tout premier « choix » de l'humanité, la première rébellion, est un mirage. Dieu aurait-il laissé l'arbre de la connaissance à Adam et Eve en le leur désignant comme seul interdit si ce n'était pas pour les voir échouer ? Le serpent dans l'histoire n'est rien qu'un instrument divin. L'échec était inévitable. Les hommes n'avaient jamais eu leur mot à dire. Et puis de quoi devait-il s'excuser ? D'être honnête et sincère ? D'être humain et faillible ? Parfois maladroit ? Sa fierté se hérissait à la notion d'excuse alors qu'elle le blessait délibérément. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait rien. Elle ne pouvait pas comprendre parce qu'elle était trop prise dans sa propre colère tout comme il n'arrivait pas à comprendre ses réactions à elle, trop pris qu'il était dans la toile de son histoire personnelle. Il attendit. Il la laissa tout déverser, tout raconter, tout exiger et il attendit. Il n'y avait que ça à faire, attendre. Il ravala les explosions de colère que ses mots parfois réveillaient en lui. Il ne laissa pas tomber les froides remarques qu'elle semblait appeler parfois. Elle lui avait demandé d'attendre, il attendait. Patiemment en surface, bouillonnant à l'intérieur d'une telle injustice. Elle ne comprenait pas. Elle ne comprenait rien. Elle ne pouvait pas comprendre. Ces trois faits le blessaient parce qu'il n'y a rien qu'un être humain aspire plus qu'à être compris.

Cette fois, il ne demanda pas si c'était terminé. Il se contenta d'attendre un peu, laissant le silence demander confirmation. Sa voix était brûlante de gel, à la façon de l'azote liquide dont le froid fume dans les restaurants à la mode.

« Tu me reproches de prendre des décisions à ta place, de supprimer ton libre-arbitre et d'anticiper tes réponses mais je te ferais remarquer que tu fais pareil. Je ne sais pas où tu pêches cette stupide idée que je ne veux pas de toi ou que je te fais un cadeau de consolation. Je ne sais pas qui est cette fille mieux que toi que tu me jettes à la figure sans arrêt. Ce que je sais par contre c'est qu'en exigeant une réponse, tu me demande une déclaration d'amour et que rien que le fait que je ne la fasse pas immédiatement te fait tirer la conclusion que je n'ai pas besoin ni envie de toi, que c'est une fin de non recevoir, ou que sais-je encore. »

Il s'était relevé, la regardant de toute sa hauteur, qui n'était pas petite. Puisqu'elle ne voulait pas qu'il la traite en enfant, il n'allait pas se casser la tête à tenter d'être gentil.

« Mais soit, je n'aurais pas du te parler comme ça. Je ne voulais pas être condescendant ou te prendre de haut, ce n'était pas le but. Pour ça, je m'excuse. Et si tu étais un tant soit peu honnête, tu t'excuserais aussi, parce que tu fais exactement la même chose. »

Rha, il se répétait en plus. Agacé, il se mit à faire les cents pas dans la salle, cherchant un moyen d'extérioriser une colère qui montait de plus en plus en lui, explosant dans sa gorge et dans sa poitrine. Ce qui l'énervait surtout c'était l'injustice de la situation. Il n'avait rien fait pour mériter une telle scène. Rien.

« Antonine, le monde n'est pas blanc ou noir. Il n'est pas oui ou non. Il n'est pas binaire. Et les sentiments, l'amour plus que tous les autres, ne se résume pas à une suite de 1 et de 0. Il est au cœur d'une arborescence de plusieurs fonctions « if ». D'ailleurs qu'est ce que c'est qu'aimer ? Tu dis ça avec une telle assurance, comme si l'amour était universel. Mais comment m'aimes-tu ? Est-ce aimer que de réagir comme ça ? Peut-être que c'est simple pour toi, mais pas pour moi. Ne crois-tu pas que si cela m'était égal, je ne t'aurais pas déjà dit oui ou non, juste pour éviter ce genre de confrontation ? Crois-tu que ça m'amuse de te perdre ? Tu m'accuses de t'infantiliser mais si je te traitais en enfant, Antonine, je t'aurais répondu depuis longtemps. Un enfant, on le calme avec une réponse facile et on change de sujet. Si je ne te respectais pas, on n'aurait pas cette discussion. Et crois-moi, tu ne me rend pas le respect facile. »

Ses pas, inconsciemment, marquaient les temps de la musique qui continuait à jouer dans le fond, le disque ne s'intéressant que très moyennement aux faits et gestes des humains qui ne l'écoutaient pas. Quelques regards s'étaient égarés sur eux mais comme l'endroit était essentiellement vide, il n'y avait rien de vraiment gênant à ces témoins éloignés et silencieux. La colère du pianiste l'isolait de toute façon du reste du monde. Il n'y avait que lui, sa peine et son impuissance qui lui faisaient monter les larmes aux yeux.

« Tu veux des mots. Des mots, des mots, des mots. Je déteste les mots. Les mots ne veulent rien dire. Les mots ne souffrent pas. Les mots peuvent être tordus, déformés, jetés à la figure des autres ! J'en ai assez des mots Antonine. Pourquoi ne peux-tu pas comprendre ? Pourquoi ne veux-tu pas comprendre ? Pourquoi faut-il que tout soit gâché par de stupides mots sans intérêt ? Pourquoi est-ce qu'il faut tout étiqueter, tout nommer, tout faire rentrer dans des cases ? Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas reprendre là où on en était ? Se voir pour discuter de tes stratégies pokemon, passer du temps ensemble, toi sur ta console, moi à lire le journal ou à chercher des références pour ma thèse ? Pourquoi est-ce que je ne pourrais plus te jouer Gymnopédie ? Pourquoi c'est « dit moi que tu m'aimes ou je disparais de ta vie, peut-être pour toujours, peut-être pour attendre » ? Pour attendre quoi ? Qu'est ce que tu crois qu'il va arriver ? J'avais une amie, elle s'appelait Antonine, on a passé une nuit ensemble qui était merveilleuse et là, tout d'un coup, il faut mettre des mots dessus. Des mots que je ne peux pas mettre, des mots que je ne veux pas forcer, et si on ne met pas de mot, il n'y a plus de nuit, plus d'amie, plus d'Antonine, plus qu'un souvenir stupide d'une décision idiote. Et bien je n'ai pas envie. Je ne mettrais pas de mots sur un concept qui n'en nécessite aucun. »

Il s'était arrêté soudain, fusillant l'air du regard, ses yeux clairs brillant d'une irritation et d'une frustration inusitées. Ses bras croisés sur sa poitrine, il fixa une nouvelle fois Antonine. Il n'avait pas les pleurs aussi facile qu'elle mais il était facile de voir qu'il souffrait de cette crise au moins autant que celle qui l'avait provoquée.

« La balle est dans ton camp. C'est ta responsabilité maintenant. Est-ce que tu tiens plus à des mots qu'à nous ou pas. »

Il avait trop parlé. Il l'avait probablement perdue il y avait très longtemps et toute sa colère, tout son discours n'aurait servi à rien. Il n'espérait plus. Si elle ne comprenait pas, c'était fini, elle ne comprendrait jamais et ils ne feraient jamais que se disputer. Drapé dans sa douleur, il se préparait à se séparer d'elle. Il ne lui dirait pas qu'il se souviendrait d'elle beaucoup plus longtemps qu'elle n'accepterait de le croire et que, quoi qu'il arrive, il avait gardé pour le « chaton » une affection et une douceur qu'il ne pouvait pas donner à l'Antonine au sac moche qui lui demandait des comptes.
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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Jeu 2 Mar - 20:29

Il faut qu’ils arrêtent d’utiliser les mots, au final, ni l’un ni l’autre ne savent correctement les manier sans blesser l’autre. Elle avait pensé que lui, l’étudiant en science politique, probablement destiné à travailler dans le monde de la politique ou de la diplomatie, on lui aurait appris à manier les mots. Décidément, les cursus de facultés apprennent tout sauf ce qu’ils doivent apprendre. La preuve, Ermolai et son cursus avorté de médecine dans une fac d’Asie Centrale. Il fallait qu’ils apprennent à parler autrement qu’avec ces foutus mots qui n’étaient ni plus ni moins que des armes de destruction massive. Surtout entre leur main. Alors Nine prend cette décision. Celle de stopper les mots, les réduire à leur plus strict minimum, leur plus strict rôle de communication, pas de déversoir à sentiment. Cinq mots dans une seule phrase maximum. Parce que ses mots à lui continuent de lui faire mal, terriblement mal, à en raviver ses larmes encore. Elle ne pensait pas que les mots puissent faire mal, si mal, plus douloureux qu’un coup ou qu’une peur. Les mots peuvent tuer, il parait. Elle lui a demandé de la traiter en adulte. Les adultes savent encaisser ce genre de chose. Alors elle encaisse.

Son renvoi de balle pour les reproches, son incompréhension, sa maladresse à elle. La fille imaginaire qui n’a visiblement seulement vécu que dans sa jalousie, une manière de se mettre un peu de baume au cœur, de manière égoïste. Il n’est pas seul, il est avec « Elle ». Elle n’a ni prénom ni visage. Elle a le corps mature d’une très belle femme. Elle sait tout. Elle est intelligente, cultivée et à l’esprit aiguisée. Elle est bonne en sport. Elle sait faire preuve d’empathie. Elle est musicienne et a des centres d’intérêt d’adulte. Elle sait aimer sans excès. En somme, elle est parfaite, telle une allégorie. Elle peut aussi s’avérer être une excuse pour abandonner, en se dressant comme un mur infranchissable. Elle n’existe que pour se faire haïr d’Antonine pour être tout ce qu’elle n’est pas.

Logan se lève, Antonine le suit des yeux, les lèvres scellées pour se retenir de le couper, de parler. Elle n’arrête pas de le regarder, même lorsqu’il fait des rondes dans la salle sous le regard des peu de clients qui occupent l’endroit avec eux. Il lui en donne presque le tournis. Le monde n’est pas binaire. Le sien si, dans la plupart des cas, malheureusement. Horriblement binaire et manichéens avec des méchants fantasques. Définir aimer. Elle a soixante-quinze raisons dans la tête qui lui font dire qu’elle l’aime. Parmi elle, on retrouve le fait qu’elle se sent bien avec lui, qu’elle apprécie sa présence, qu’elle est parfois ridicule juste pour l’impressionner. Parce qu’il a pris une place suffisamment importante pour qu’elle ne s’autocentre pas seulement sur elle-même mais qu’il fasse parti du tout. Et justement, là où elle aurait très vite oublié, peu rancunière, la contrariété, ses mots continuent de lui faire mal même après dix jours de vie où ils ne se sont pas vus. Il continue de tourner, il ressemble à un métronome humain.
Quelque chose trouble Nine. Quelque chose au creux de la gorge de Logan, quelque chose au bord de ses yeux. Il continue de parler mais elle cherche à déterminer quoi et ça monopolise son esprit, comme à chaque fois. Alors elle ne l’écoute plus vraiment. Il lui faut du temps pour comprendre. Il arrête de parler, elle a compris, enfin. Elle s’approche de lui presque immédiatement, callant une main contre sa joue pour qu’il décroise ses bras, attirant son visage contre son cou, passant sa main dans son dos pour lui caresser. Elle ne dit rien, elle se tient droite, comme une ancre. Elle le berce, elle attend. Elle ne sait pas vraiment quoi. Ils restent ainsi une dizaine de minute, récréant l’ambiance cocon et sécurisante de la nuit. Puis elle chuchote.

« Tu es fatigué. »


Avant de se rappeler qu’ils ne doivent plus décider l’un pour l’autre. On recommence.

« Tu es fatigué ? »


Elle attend sa réponse, intègre et reprend.

« Je vais réserver un uber. On va rentrer. Tu vas dormir. Juste dormir . Baron te servira de bouillotte. Moi je travaillerais. »


Elle a dit « rentrer ». Elle ne l’invite pas, il est chez lui. Doucement, elle se détache, sort son portable pour le uber puis s’accroupi pour ramasser les affaires de l’homme avec soin, les rangeant, vérifiant qu’elle n’oublie rien, se redressant et se retournant vers lui , silencieuse.

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Re: [13 Mars] Kind of Blue, le Lun 13 Mar - 2:24

« Oui, Antonine, je suis fatigué. »

Il a baissé la tête quand elle a touché sa joue, décroisé ses bras pour lui permettre d'y entrer. Il l'a laissée refaire autour d'eux le cocon qui s'était brisé une dizaine de jours auparavant. Il a apprécié le silence entre eux, cette bulle qui leur appartenait et qui avait éclaté sous le poids des mots. Il n'a rien dit. Il n'a plus rien à dire. Il a dilapidé ses derniers mots et les derniers vestiges d'une colère dont elle n'est que la partie immergée. Dire qu'il aime serait tellement plus facile s'il était certain d'avoir le droit. S'il n'était pas obligé de choisir entre un amour et la Musique. Malgré toutes ses qualités, malgré une intelligence farouche et difficilement quantifiable, Antonine ne saurait jamais lire entre ses lignes. Il ne veut pas qu'elle puisse. Il ne lui donne pas les clefs de sa partition, restant malgré tout le mystère qu'il sait qu'il doit devenir. Il serait moins douloureux de ne pas s'attacher. De voleter de soirée en soirée, de fille en fille, appréciant des moments sans plus. Il l'a souvent fait. C'est permis. Mais là, là il a besoin d'une amie. Il voudrait se confier, pouvoir déverser la colère et la douleur qui lui emprisonnent le cœur. La peur de se retrouver seul face au paternel quand sa mère sera morte. La culpabilité de penser à sa mère comme étant déjà disparue alors qu'elle se bat encore dans son lit d'hôpital. Alors qu'elle se bat toujours. Et pour quoi ? Quelques heures, jours, semaines ? Quelques moments partagés tous les deux, mère et fils dans le blanc de la chambre, se demandant quand et si le père va faire son apparition. Aimer peut prendre tellement de visages.

Alors, il laisse faire la jeune femme. Il la laisse le materner avec une tendresse dont il n'a que le souvenir. Il lui prend la main en attendant la voiture. La sienne est toujours au parking. Il n'y pense pas. Il rentre à l'arrière, ignore la blague du chauffeur sur les amoureux. Il a lâché Nine. Ses mains, immobiles sur ses genoux, ne pianotent pas. Il ne fredonne pas. Il semble vide d'énergie et de musique. Il se laisse manipuler. Conduire à l'appartement, dans la chambre, sur le lit. Des souvenirs pourraient remonter, mais même pas. Sa tête est aussi vide qu'un tambour et semble résonner aussi intensément qu'un orgue dans une cathédrale désertée. Plus que fatigué, il est blessé. Il ferme les yeux, au cas où, pour éviter les questions, les conversations ou même simplement les idées qui pourraient revenir à l'esprit de la jeune femme. Sa respiration, doucement, reprend un calme de bon aloi. Il ne dort pas cependant. Il écoute. Le bruit des pattes du Baron sur le parquet, celui des horloges à différents endroits de l'appartement. Les pas d'une femme au dessus. Le doux vrombissement d'une télévision non loin, peut-être à droite, à mois que ce ne soit en diagonale. Pas assez distinct pour qu'on puisse trouver ce qui s'y dit, le bruit est là cependant. Avec celui de la rue de l'autre côté du double vitrage et ceux plus proches des mouvements de la jeune femme. Il y a une mélodie dans ces bruits. Une berceuse qui l'emporte et, finalement, l'endort.

[13 Mars] Kind of Blue

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